Cette semaine, on fait escale à New Delhi pour parler de démocratie ; à Sydney pour évoquer la naissance de l'Australie ; en Ouganda pour déplorer 40 ans de dictature ; en Irlande du nord, pour se souvenir du Boody Sunday et au Mémorial de la Shoah, pour ne jamais oublier...
Le 26 janvier ouvre la semaine avec deux fêtes importantes en Inde et en Australie dont l’interprétation doit être questionnée.
L’Inde célèbre sa Constitution qui fait de l’Union indienne « une république souveraine, socialiste, laïque, démocratique » depuis le 26 janvier 1950. Si le pays reste pleinement souverain, sa république n’est plus guère socialiste. Depuis que Narendra Modi est au pouvoir, elle n’est plus du tout laïque. Elle évolue au profit d’un régime hindouiste qui met de côté 20% de sa population. Aujourd’hui, la loi exclut même les non-hindous de toute possibilité de naturalisation. Enfin, s’il y a toujours des élections, elles n’ont pas lieu à armes égales. la liberté d’expression de l’opposition est de plus en plus réduite. L’Union indienne célèbre chaque 26 janvier une démocratie qui n’est plus que l’ombre d’elle-même.
L’Inde n’est malheureusement pas la seule à glisser sur la pente dangereuse du nationalisme religieux.
Ce Jour de la République est un des deux jours civils importants en Inde.
Le même jour, l’Australie célèbre sa fête nationale et là, c’est la date qui pose problème. Elle commémore l’installation, le 26 janvier 1788, des premiers Européens sur les côtes de l’Australie : la fondation d’un bagne dans la baie de Sydney. Ce jour-là, le capitaine Arthur Phillip proclamait la souveraineté britannique sur cette nouvelle terre aussitôt déclarée Terra Nullis (terre inhabitée). C’est oublier que cette île était habitée par un million d’Aborigènes qui aujourd’hui ne sont plus qu’un demi-million, dans un pays qui compte 25 millions d’habitants. Les Aborigènes, à qui le gouvernement australien a fini par demander pardon, qualifient cette journée d’Invasion Day et demandent régulièrement, sans succès, un changement de date pour cette journée fériée où l’Australien moyen n’envisage qu’un barbecue et un séjour à la plage.
Loin de l’Australie, d’autres aborigènes commémoreront le 29 janvier, le massacre Bear River.
Ce même 26 janvier, en Ouganda le dictateur Museweni, fête les 40 ans de son arrivée au pouvoir et s’offre un ni plus ni moins qu’un septième mandat consécutif. Cette mascarade électorale date du 17 janvier dernier. Le vote s’est déroulé dans un climat marqué par une répression et une intimidation généralisées.
La commémoration la plus marquante de la semaine est certainement celle du Boody Sunday. Ce dimanche, à Derry, en Irlande du Nord, on commémore les 14 morts tués par l’armée britannique alors qu’ils défilaient pacifiquement, le 30 janvier 1972 pour demander l’égalité des droits entre catholiques et protestants en Irlande du Nord.
Le massacre est déjà ancien, la guerre civile est loin dernière nous, mais les autorités britanniques ont récemment rouvert la plaie. Alors que le procès de l’unique soldat poursuivi, traînait depuis des décennies, la justice britannique a finalement prononcé son verdict en octobre 2025, décidant de sa non-culpabilité, et refermant définitivement le dossier, au grand désarroi des familles.
Ce vendredi 30 janvier, une cérémonie de recueillement aura lieu à 16h au monument du Bloody Sunday, rue Rossville, en mémoire des victimes de ce jour tragique. Cet événement sera également dédié aux enfants de Palestine.
Mais dimanche ce sera une marche pour la justice qui sera organisée dans les rues de Derry en réaction à la décision du tribunal.
Dans une tout autre dimension, sans aucune comparaison possible : On commémore chaque 27 janvier dans de nombreux pays, la découverte de l’horreur du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945.
La date du 27 janvier a été choisie par le Conseil de l’Europe, en 2002, puis adoptée par la France, en 2003, comme Journée de la mémoire de la Shoah et de prévention des crimes contre l’humanité dans les établissements scolaires. Plus récemment encore, en 2006, l’ONU en a fait la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.
D’importantes commémorations ont eu lieu l’année dernière à l’occasion du 80e anniversaire.
On terminera avec une évocation de la saudade, fêtée chaque 30 janvier, au Brésil.