La semaine débute avec la fête du nouvel an berbère, en Algérie et au Maroc, une tradition qui sort du cadre arabo-musulman. Les deux pays redécouvrent malgré eux leurs racines amazighes et ont fini par accepter que Yennayer soit un jour férié. En cette mi-janvier, c'est une mémoire plus récente qui sort de l'oubli des héros de luttes passées et leur fins tragiques.
La semaine débute avec les festivités du nouvel an berbère. Le 12 janvier en Algérie, le 14 janvier au Maroc. Cette fête tout droit sortie du fond des âges a ressurgi très récemment. Elle a été dépoussiérée par des militants berbères à la fin du XXe siècle, mais elle n’est vraiment populaire que depuis peu, en particulier dans la diaspora maghrébine qui en a fait une véritable fête identitaire, indépendante de toute référence religieuse. Ce qui d’ailleurs met en fureur les islamistes. En effet, le décompte des années est basé sur une dynastie égyptienne, bien antérieure au christianisme et donc à l’islam et à l’arabisation. Ainsi selon le calendrier berbère, nous entrons dans l’année 2976.
Toutefois, la fête titre son nom, Yennayer (ⵢⴻⵏⴰⵢⴻⵔ), du latin Ianuarius (janvier) et la date est basée sur le calendrier de Jules César, en retard de 13 jours sur le calendrier international. L’Église russe fête elle-aussi le nouvel an le 14 janvier et pour la même raison. Mais, en réalité, Yennayer est une fête agraire bien antérieure à l’occupation romaine du Maghreb. Elle est liée, comme Noël, au solstice d’hiver dont la date sur le calendrier julien, a glissé au cours des siècles.
Une fête multiculturelle donc qui mêle toutes les époques, mais une fête de la convivialité, qui se caractérise par un bon repas en famille ou entre amis. En effet, il est d’usage de très bien manger ce jour-là, afin d’être rassasié tout au long de l’année qui commence, symbole de richesse, fertilité et abondance.
Bonne année aux Maghrébins ! Qui sont dans leur très grande majorité sont d’origine berbère. N’en déplaise au gouvernement algérien qui interdit toujours le drapeau kabyle et qui emprisonne les militants berbères (et les journalistes qui les visitent) mais qui, sous la pression populaire, a quand même fini par accepter, en 2018, de faire de Yennayer un jour férié. Le Maroc a suivi encore plus récemment, en 2023 seulement. Cette fête sort du cadre arabo-musulman sur lequel se sont construits ces deux États. D’où une méfiance des élites à l’égard de cette fête que le peuple entretenait discrètement.
Les dates sont différentes (12 janvier en Algérie ou 14 janvier au Maroc). Rien d’étonnant, ces deux pays ne célèbrent quasiment jamais les fêtes religieuses musulmanes le même jour. Ah ! la géopolitique !
En Tunisie où on fête aussi le Yennayer le 14 janvier, c’est aussi l’anniversaire de la chute du dictateur Ben Ali, en 1911. Mais pour éviter de donner de mauvaises idées aux Tunisiens, le jour férié faisant référence à cet événement a été supprimé par le nouveau dictateur, Kaïs Saïed. L’opposition tunisienne s’est emparée de cette date pour manifester chaque année contre son régime.
Les plus âgés des Tunisiens se souviendront que le 18 janvier, on fêtait autrefois le début du soulèvement contre l’occupation française.
En cette mi-janvier, de nombreuses commémorations se rapportent à des héros de luttes passées qui se sont terminées tragiquement.
À Berlin, les révolutionnaires Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, assassinés le 15 janvier 1919, attirent toujours autant de militants sur leur tombe. La marche annuelle vers le cimetière a eu lieu dimanche 11 janvier. L’an dernier, la police allemande avait violemment réprimé des militants qui exprimaient leur solidarité avec la Palestine. Ce 15 janvier, on leur rend hommage dans différents lieux, en Allemagne de l’Est surtout, notamment à Postdam, dans le stade.
Le 15 janvier, c’est l’anniversaire de Martin Luther King, autre assassiné célèbre, mais la célébration officielle n’aura lieu que le 19 dans une Amérique de Trump qui a, sans honte, pris le parti de son assassin.
Un 16 janvier, de 1969, c’est Jan Palach, un militant anticommuniste qui s’immolait par le feu à Prague pour dénoncer la dictature d’un régime sous domination de Moscou. Sa mémoire est célébrée chaque année, d’autant que 20 ans plus tard, le 16 janvier sera la date de la chute du communisme dans son pays et de la fin de la domination russe sur l’Europe centrale. Les Tchèques ont toutefois la mémoire courte, il y a un mois, c’est une milliardaire pro-russe, Andrej Babiš, qui a est arrivé au pouvoir à Prague.
Le 17 janvier, un peu partout dans le monde, on commémore l’assassinat de Patrice Lumbumba, six mois après l’indépendance de l’ex-Congo belge. Ce héros du combat anti-colonial est aujourd’hui bien oublié dans son propre pays.
Le même jour, on se souvient d’un autre militant, un jeune Suédois qui a sauvé des milliers juifs de la Shoah, mais à qui son action a coûté la vie, Raoul Wallenberg, enlevé par les Russes et probablement disparu au Goulag.
Pour finir sur une note plus sereine, au Japon il existe un jour férié qui célèbre l’entrée des adolescents dans l’âge adulte. Cette fête mobile (成人の日) très populaire tombe cette année le 12 janvier. Même si la majorité est à 18 ans, boire de l’alcool et de fumer est interdit aux jeunes Japonais jusqu’à 20 ans, tout comme la possibilité à participer à des jeux d’argent et des paris légaux. C’est un jour férié au Japon.
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